iolences conjugales : une vérité qui blesse



« En France, une femme décède tous les 3 jours des suites de violences conjugales » Cette donnée est accablante et pourrait paraître presque irréelle mais elle reflète malheureusement une triste réalité : celle de la femme humiliée, battue, insultée au quotidien, et ce, par la personne en qui elle plaçait toute sa confiance et ses espérances, son conjoint. La délégation aux victimes rattachée à la Direction Générale de la Police Nationale indique 168 homicides entre conjoints pour 2006 (+ de 82% de femmes) ce qui en fait désormais un « véritable problème de santé publique » De plus, la violence domestique est un sujet qui anime l’actualité de ces derniers jours : nous ne pouvons nous empêcher de penser aux interventions médiatiques de Nadine Trintignant suite à la libération conditionnelle de Bertrand Cantat et au rôle poignant tenu par Marina Foïs dans le long-métrage« Darling » (adaptation du roman de Jean Teulé signée Christine Carrière) sorti mercredi dernier. Ce lundi encore, on pouvait également suivre sur France 2 l’émission « Toute une histoire » sur le thème : « Viol conjugal : l’amour sans consentement ».

Cependant, malgré cette apparente mise en lumière, ce sujet reste encore tabou et la loi du silence y est reine : bien que le nombre de dépôt de plainte ait augmenté ces dernières années, ce ne serait qu’une partie émergée de l’iceberg selon le Ministère de la Santé. En outre, les mentalités ne reconnaissent encore que difficilement les violences conjugales et les victimes ne font encore que trop rarement confiance au système judiciaire. Il s’agit d’un mal insidieux qui sévit partout, à tous niveaux et dont personne n’est à l’abri : on estime qu’une femme sur 5 sera victime de la violence de son compagnon dans sa vie… Alors, pourquoi reste-t-on ? Quel public cela concerne-t-il ? Comment se reconstruit-on après ? Pour nous aider à répondre à ces questions, nous remercions vivement « Jeanne » qui a eu la gentillesse de nous apporter son témoignage et de nous faire partager sa douloureuse expérience. Nous remercions également l’association SosFemmes pour ses conseils précieux qui nous permettent de mieux connaître l’étendue de ce fléau.

Il n’existe pas de portait type de la femme victime de violences conjugales pas plus du reste que des auteurs des violences : la violence conjugale se rencontre dans tous les groupes sociaux, culturels et économiques, dans tous les milieux (urbain ou rural) et dans toutes les tranches d’âge. Les contextes éducatif, religieux et ethnique restent également indépendants. Toutes les catégories socio-professionnelles sont donc concernées. D’ailleurs, la majorité des victimes a une activité professionnelle et perçoit un revenu personnel. Dans le cas de Jeanne, le père de ses enfants « était un artiste d'origine guyanaise et rasta » alors qu’elle « avait un poste de cadre dans une grosse entreprise internationale, complètement à l'opposé » et même si « pendant ces presque 2 ans, la vie n'avait pas toujours été facile : nos différences de culture, de niveau social, de caractère... tout ça ne facilitait pas notre vie de couple», elle a voulu y croire comme dans de nombreuses autres histoires de couple.

En ce qui concerne le pourquoi et le comment, Jeanne nous rapporte que : « dès la naissance de notre enfant, les choses ont commencé à mal aller. Très vite, il s'est mis à abuser de l'alcool et de la drogue. Il buvait et fumait déjà avant, mais jamais en ma présence... Là, il se lâchait ! Puis rapidement, face à mes critiques, les coups se sont mis à tomber ! C'était sa façon de me dominer, de me soumettre ! La peur s'est très vite introduite dans ma vie. Je ne dormais plus et j'épiais les bruits de la nuit : le bruit de la clé dans la serrure et ses pas dans le couloir m'annonçaient une nuit de violence à tous les coups ! ».

Selon une enquête du Centre National d’Information du Droit des Femmes du mois de mars 2000, les principales raisons données à la violence du conjoint sont la volonté d'imposer son autorité (62,7 %), l'alcoolisme (54,3 %), et le fait qu'il ait été lui-même maltraité durant son enfance (46,6 %). On retrouve aussi souvent l'incapacité, pour la personne violente, à formuler verbalement ce qu'elle ressent, ou encore des pathologies dépressives déclarées ou latentes. Néanmoins, les hommes violents, même s’il sont souvent des hommes « ordinaires », ont une conception rigide des rôles masculins et féminins.

Pour Jeanne, les violences ont été multiples, et ce même pendant sa seconde grossesse : « très vite, en raison de ses violences sexuelles répétées, je me suis retrouvée à nouveau enceinte. Un petit garçon, la grossesse s'est très mal passée. Les coups répétés, la violence, les humiliations... j'étais épuisée ! ». La violence au sein du couple peut se manifester de différentes manières : atteinte dans son intégrité physique, verbale, sexuelle, économique, sociale, psychologique… et ses conséquences sont toujours dramatiques : de nombreuses femmes victimes souffrent de graves troubles émotionnels (dépression, boulimie, anorexie…) et certaines, à bout de nerfs, vont jusqu’au suicide. Il faut savoir que cette violence évolue à travers des cycles dont l’intensité et la fréquence se développent avec le temps : elle débute souvent avec des agressions psychologiques (dénigrement de la femme) laissant s’installer la violence verbale qui est l’étape précédant la violence physique.

Mais alors, pourquoi se taire ? Tout simplement parce qu’encore aujourd’hui en France, être une femme battue reste un sujet tabou. Pour Jeanne les choses étaient claires : « je n'ai jamais osé partir à cause de notre fille. Je ne voulais pas la priver de son père... je me sentais coupable...aussi... coupable de résister, de répondre, de ne pas me laisser faire... ». Elle a donc supporté les coups par sentiment de culpabilité, de honte et surtout par désir du maintien de l’unité familiale : comme la majorité des victimes qui restent. Très souvent, elles gardent également l'espoir d'une modification possible des comportements du conjoint. Dans d’autres cas, on ne part pas à cause de la peur de l’isolement et des représailles et du manque de soutien de l’entourage.

Après une énième agression mettant en péril sa vie et celle de sa petite fille, Jeanne s’est dit qu’il fallait partir : « ce que j'ai fait quelques semaines plus tard en abandonnant tout : mon travail, ma maison, mes amis, mes meubles, ma vie ! ». Six ans de galère ont suivi : « six ans durant lesquels il m'a harcelée, menacée ! J'ai vécu cachée avec mes enfants… ». Après que Jeanne l’ait localisé et dénoncé à la police, son ex-mari s’enfuit en Guyane où il décèdera de « 3 coups de couteau frappés par son propre frère lors d'une dispute bien arrosée ». Après « des rêves peuplés de cauchemars » et « la culpabilité » d’avoir en quelque sorte « privé » ses enfants de leur père, Jeanne conclu aujourd’hui : « tout va bien maintenant, j'ai fait mon deuil... et mes enfants aussi ». Ainsi, lorsque les choses ne sont plus tenables ou que la vie des enfants est menacée, la fuite devient la seule solution mais reste très difficile à mettre en pratique. En outre, il faut savoir que beaucoup de femmes qui s’enfuient reviennent (pour les enfants, par amour ou par besoin), ce retour n’est cependant pas un échec, mais fait partie du cycle de détachement à l’emprise et à la dépendance du conjoint. Comme nous venons de le voir avec Jeanne, les femmes qui partent perdent généralement « tout ». Suite à cette descente aux enfers, les reconstructions psychologique, sociale et physique seront très longues…

Pour que la petite ritournelle « je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément…» continue à effeuiller les pétales de l’amour et non pas celles de la vie d’une femme en se terminant par un « à la folie » meurtrier, nous insistons sur le fait qu’il faut « parler ou faire parler avant de ne plus pouvoir le faire ». Le personnel médical indique que les victimes sont très souvent susceptibles de révéler l’existence de la violence si on les interroge de manière indirecte à ce propos. Alors, si vous connaissez des gens de votre entourage susceptibles d’être en souffrance, n’hésitez surtout pas à aller vers elles et à leur offrir votre aide. Consulter les associations et les services spécialisés ou vous confier à vos proches peut également vous aider que vous vous sentiez concernées directement ou non.

Cependant, il faut se dire que malgré toutes ces souffrances, il peut y avoir une vie après, que l’on peut refaire sa vie même si c’est très difficile. Naturellement, la majorité des anciennes victimes hésitent ou ne peuvent tout simplement pas démarrer une nouvelle relation. Seul le temps effacera ou plutôt atténuera leurs blessures... Enfin, gardons en tête que les hommes ne sont pas, fort heureusement, tous des monstres et qu’une belle histoire à deux est toujours possible.

Par Ariane-Isabeau Noël

Novembre 2007




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8 commentaires

Gaelle : 1 femme tous les 3 jours... ça fait froid ds le dos de se dire que tous les jours on croise des femmes touchées par ce fléau!Comment des hommes peuvent ils battre parfois jusqu a la mort des femmes?Notre société va de plus en plus mal du coup les gens souffrent de plus en plus et cela crée des pathologies psychologiques très graves.La violence faite aux femmes a tjs existé ms il faut que cela change il faut les aider!Il existe une violence faite aux hommes ms elle est beaucoup moins présente!Heureusement qu il existe des hommes gentils respectant la femme et adorables!A toutes celles qui ont eté déçues par les hommes pour toutes raisons,il faut y croire les hommes gentils et fidèles existent,si si je le confirme!mille bisous les filles et prenez soin de vous!

lilie80 : moi j'ai connu ça, je ne prenais pas les coups mais je subisais ce "spectacle" , ma maman a subi ça qui était lié à 1 autre problème son alcoolisme, que mon père ne supportais mais que les coups n'a jamais guéri, mon frère et moi avons subi ça, quand on étaient gamins on ne pouvaents rien faire mais ça c'est calmé quand on a grandi puisqu'on pouvait la défendre. Meme si l' alcoolisme a été notre malheur , ça ne justifié pas les coups trés violents (cote cassée strangulation ...je préfère arreter là PAS LA PEINE DE VOUS FAIRE VIVRE CA ) et ces images qui nous ont endurcient, et je n'oublie pas les voisins (on vivait en appart ) qui ont eu souvent des problèmes de surdité à ces moments précis, je ne leur en veux pas mais ils auraient pu nous aider enfin...un calvaire que je ne souhaite à personne et que les gens s'imaginent meme pas et pourtant ... on aime notre père

Olivier : à‡a fais froid dans le dos et oui quelle triste réalité et les hommes gentils fidèles je confirme existent faisant partie de ceux les respectant le plus étant amoureux de la femme, la plus belle créature la femme, toutes pleine de tendresse au coeur sensible et à§a me fais mal pour elles qui vivent ce cauchemar tout les jours ! Et ces hommes me dégoà»tent ! Toutes ces femmes faut les aider mais comment ? Faudrais déjà  qu'elles osent dénoncer, rompre le silence ...

jeanne : je suis la "Jeanne" de l'article et je tiens à ajouter qu'il faut effectivement garder espoir et qu'après la tempête, revient toujours le beau temps... j'en suis la preuve (toujours) vivante ! la violence doit être combatue mais légalement car il existe une Justice, qui même si elle est parfois lente et n'a pas pu être mise en action dans mon cas compte tenu de la fin tragique de mon ex-compagnon, sanctionne durement les violences conjugales. Il faut garder espoir, oui et aller au bout !

venus36 : j'ai connuecette situation je me retrouve assez bien dans cette article ou les faits sont trés bien exposée .mais les peines ne ont pas encore assez grande face a la souffrance endurée durant des années .mais cela dit une fois sorti de l'emprise de ces monstre la ve reprend son court difficilement mais c'est possible. et surtout si je peux me permettre un conseil pour celle qui portent plainte c'est de se constituer partie civile et d'etre présente a l'audience c'est une épreuve trés dure mais la satisfaction de voir que cett fois c'est son bourrau qui a peur et le faite qu'il soit reconnu coupable aide beaucoup a la reconstruction e tout cas moi ca m'a énormément apportée .bisous a tous .....

Mayssa : Difficile de se remémorer toute cette violence ca me fait peur encore...!19 ans de souffrance,insultes,crachas,humiliatìons en tous genres,interdits,toutes sortes de violences, coups strangulation,traumatisme cranien,cotes fracturées,défigurée par les coups pendant 1mois.Séparée depuis deux ans de celui qui m a fait descendre au enfer.J en fais encore des cauchemards.Nos filles grandissent,j ai très peur pour elles,pour leur avenir.Merci à mes 2 filles de me supporter et surtout d etre là!!! Sans elles je ne serai pas ici pour vous écrire! La vie est très difficile meme après la séparation,la cause le traumatisme psychologique.Bon courage à toutes.Mayssa

Gigi : c'est vrai quel malheur. g vécu ça aussi mais la chance (dans le malheur) c qu'il s'est mis à me frappai que qq mois après notre rencontre ce qui m'à permi d'ouvrir les yeux très vite et ne pas me laisser trop engrenai par ce boureau. non ce n'est pas notre faute comme il nous le rappel sans cesse... regarder les signes il sont souvent révélateur, ne vous voiler pas la face vous ne le changerai pas, relever vous il ne vous mérite pas (ni vous ni personne), battez vous pour votre bonheur, couper totalement tout contact car il sont très manipulateur.... à toute les femmes (et hommes il y en à aussi ne l'oublions pas) qui vive ce calvaire, prenai votre courage et fuyez pour vous et votre famille. la vie est trop précieuse et vaut tellement la peine très vécu dans le bonheur.

nais : J'ai connu également cette situation pendant 6 ans, je suis séparrée depuis 3 ans maintenant.Ma fille et moi nous sommes retrouvé sans rien,avec mon trés bas salaire et prèsque rien en penssion alimentaire, je souffre terriblement,la violence et prèsente tous les jours dans ma tête, je suis dans l'incapacité de refaire ma vie avec quelqu'un, les psychologues ne m'on pas aidés. C'est un dangé de santé publique, mais on prèfère s'occuper du tabac dans les lieux publiques.J'ai souvant l'impréssion que c'est un problème qui ne doit pas exister dans nos pays développés,donc on fèrmes les yeux...



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